VILLE DE QUÉBEC

LETTRE AU MAIRE DE QUÉBEC

Québec, le 12 février 2014

À l’attention de monsieur le maire Régis Labeaume

Monsieur le maire,

Le groupe LCCN (Laïcité citoyenne de la capitale nationale), qui  a présenté un mémoire, le 21 janvier dernier, à la Commission des institutions pour le projet de loi 60, se permet de vous interpeller à la suite de vos propos concernant l’autorisation donnée par les piscines de la Cité-Limoilou de porter des “burkinis”.

Votre réaction personnelle a été globalement négative et nous le notons avec satisfaction. Cependant, en tant que maire de la ville, vous avez tenu à appeler au calme, à la compassion, à éviter de «blâmer» ces femmes.

Nous pouvons comprendre votre souci d’éviter d’éventuels affrontements. Il nous semble néanmoins crucial d’attirer votre attention sur quelques points:

Ce genre d’accommodement va nécessairement donner lieu à une escalade. D’une part, d’autres femmes vont vouloir s’en prévaloir, d’autre part, il est totalement illusoire d’espérer qu’il n’y aura jamais aucun dérapage, moquerie, dénigrement, ou quoi que ce soit d’autre, de la part du public.

Les «intéressées», et surtout leurs conjoints, frères, oncles, etc., qui savent très bien ce qu’ils font et pourquoi, n’attendront certainement pas que ces incidents se multiplient: soyons assurés qu’ils sauront très rapidement les exploiter pour passer à l’étape suivante, la demande «raisonnable» que des plages horaires soient réservées aux seul(e)s musulman(e)s dans les piscines publiques.

Ces situations existent déjà à Montréal, et un peu partout en Europe, et ne créent rien d’autre que ce qu’elles prétendent combattre: des tensions extrêmement pernicieuses entre les différentes communautés d’une population qui ne devrait faire qu’un tout harmonieux.

Nous vous invitons, monsieur le maire, à réfléchir très sérieusement à la question. Ceci n’est pas un épiphénomène de dixième ordre. Il est impérieux de vous garder dès maintenant en tête, vous et votre Conseil, des réponses claires à ce qui va immanquablement suivre.

L’appel à la compassion ne saurait suffire. Ces femmes ne sont pas seulement à plaindre. Elles sont, certes à leur corps défendant très souvent, le fer de lance de revendications dont il ne faut pas attendre qu’elles s’éteignent: quelques extrémistes parmi leurs coreligionnaires masculins seront là pour mettre de l’huile sur le feu, chaque fois que cela sera possible.

Si ces revendications avaient la moindre chance de faire progresser notre société dans un sens positif, nous les accueillerions avec bonheur. Il n’est que trop évident malheureusement que l’objectif global visé ici est un retour de plusieurs siècles en arrière, une régression que bien peu de Québécoises et Québécois seront disposés à applaudir.

C’est pourquoi nous vous demandons de revenir sur le laisser-faire qu’aurait choisi récemment d’afficher votre conseil de ville en la matière, et de prendre plutôt rapidement et fermement position en faveur des valeurs fondamentales de neutralité et d’égalité qui régissent notre vivre-ensemble et qui font l’unanimité dans la population de notre ville. Dans cet esprit, accepter des dérogations aux règles actuelles venant en contradiction avec les valeurs d’égalité entre les hommes et les femmes, ou encore s’appuyant sur des croyances religieuses, n’est pas recevable.

Veuillez recevoir, Monsieur le maire, nos salutations distinguées.

Francine Lavoie et Yves Laframboise,

Porte-paroles du groupe Laïcité citoyenne de la capitale nationale (LCCN)